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Quand des policiers passent du côté obscur : trois portraits de représentants de la loi devenus tueurs en série

Représentants de la loi devenus tueurs en série

Dans le monde du crime, certains individus ont basculé de l’autre côté de la loi, passant du statut de représentants de l’ordre à celui de tueurs impitoyables. Dans cet article, nous allons nous intéresser à trois portraits saisissants mettant en lumière cette sombre transformation, révélant les aspects troublants de la nature humaine et les complexités de la psyché criminelle. Découvrons ensemble ces histoires fascinantes qui défient toute logique et soulèvent des questions profondes sur la dualité de l’être humain.

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Les sombres confessions de Gerard Schaefer : plongée dans l’esprit tortueux du flic cachant un serial killer

Gerard Schaefer a commencé sa carrière de policier au sein de la police de Wilton Manors

L’affaire Gérard Schaefer est un cas emblématique de tueur en série aux États-Unis. Gérard John Schaefer Jr. était un ancien officier de police en Floride reconnu coupable du meurtre de deux jeunes femmes en 1973. Il est suspecté d’avoir commis de nombreux autres meurtres, mais n’a été condamné que pour deux d’entre eux. Schaefer était connu pour son comportement sadique et ses tendances psychopathiques, ce qui a contribué à faire de lui l’un des criminels les plus notoires de son époque. Cette affaire a suscité un intérêt considérable dans le domaine de la criminologie et continue d’être étudiée par de nombreux experts en psychologie criminelle.

Les faits

Pamela Wells et Nancy Trotter ont été violentées par Gerard Schaefer en juillet 1972

Le 21 juillet 1972, dans la chaleur suffocante de l’été floridien, Pamela Wells et Nancy Trotter font de l’auto-stop dans les environs de Fort Pierce. Elles croisent la route de Gerard Schaefer, un policier du comté de Martin, qui, en lieu et place d’une contravention, emmène les deux jeunes femmes dans un endroit isolé avant de les attacher à un arbre et de les menacer de mort en les mettant en joug avec son arme de service. C’est alors que Schaefer reçoit un appel du central et doit quitter les lieux. Il fait savoir aux deux jeunes femmes qu’il va revenir s’occuper d’elles. Malgré leur affolement et les liens entravant leurs membres, Pamela et Nancy parviennent à s’échapper. Elles reportent l’incident auprès des autorités locales. Schaefer est arrêté pour enlèvement et agression. En novembre 1972, il est condamné à un an de prison et trois ans de probation. Ce que la justice ne sait pas alors c’est que le policier a entre-temps fait bien pire.

Susan Place a été enlevée, torturée puis tuée par Gerard Schaefer le 27 septembre 1972
Restes de Susan Place enlevée aux côtés de Georgia Jessup en septembre 1972

Le 27 septembre 1972, Susan Place et Georgia Jessup, deux habitantes de Fort Lauderdale de 16 et 17 ans sont tombées dans les filets du policier psychopathe. Les parents des deux adolescentes indiquent aux policiers que leurs filles sont montées dans la Datsun bleu-vert d’un certain Shepherd pour aller jouer de la guitare sur la plage. Ils parviennent à se remémorer une partie de l’immatriculation. Sept mois plus tard, trois promeneurs sur l’Île Hutchinson tombent sur deux squelettes. Susan Place et Georgia Jessup sont identifiées sur la base de leurs dossiers dentaires. Les deux jeunes femmes ont été attachées à un arbre et torturées avant d’être violemment tuées. Gerard Schaefer est incarcéré depuis le15 janvier 1973 suite à sa condamnation dans l’affaire Wells et Trotter. Sa Datsun est retrouvée peu après la découverte des corps. Le lien avec Schaefer est établi.

Les enquêteurs perquisitionnent son domicile. Ils sont stupéfaits de découvrir des objets appartenant à des femmes disparues, des dents en or et des coupures de presse mais également un journal intime dans lequel Gerard Schaefer a laissé libre cours à ses fantasmes criminels dans des termes très dégradants et avec des illustrations démontrant la grande cruauté et la perversion de ses actes. L’enquête va permettre de potentiellement relier Schaefer à 34 victimes. Mais, le manque d’éléments tangibles va déboucher sur une inculpation pour seulement deux meurtres, ceux de Place et Jessup. En octobre 1973, Gerard Schaefer est condamné à deux peines de prison à perpétuité. Ses avocats interjettent appel et déposent une vingtaine de recours mais sont déboutés. Depuis sa prison, Schaefer se montre très procédurier et assigne en justice sans succès un grand nombre de personnes pour des motifs parfois fallacieux comme le fait d’avoir été décrit par un écrivain comme un homme en surpoids. En 1995, Schaefer est poignardé à mort une quarantaine de fois à la tête et au cou par Vincent Rivera, un co-détenu.

La dérive psychiatrique d’un homme psychiquement torturé

Gerard Schaefer policier tueur en série

Le profil psychiatrique de Gerard Schaefer est marqué par des traits de personnalité psychopathique, caractérisés par un manque d’empathie, une propension à la manipulation, une superficialité émotionnelle et un comportement impulsif. L’enquête a également révélé que Schaefer a utilisé sa position pour commettre des actes criminels profitant de l’accès et de l’autorité que lui conférait son statut d’officier de police. Il avait amorcé sa carrière d’officier de police en 1971 en rejoignant les rangs du département de police de la petite ville de Wilton Manors, une banlieue de Fort Lauderdale. Avec un rendement médiocre, il avait été renvoyé au bout de six mois. Outre ses mauvais résultats, Schaefer avait été mis sur la sellette après avoir arrêté des conductrices afin d’obtenir leurs informations personnelles. Le 23 juin 1972, il faisait ses débuts en tant qu’adjoint du shérif du comté de Martin situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de Fort Lauderdale. Les psychiatres ont mis en exergue sa paranoïa, sa perversion sexuelle aiguë et sa très grande dangerosité.

François Vérove : l’énigmatique parcours d’un criminel insaisissable issu des rangs des forces de l’ordre

François Vérove, plius connu sous le nom du "Grêlé", a tué dans les années 80 et 90

François Vérove était un ancien gendarme de la Garde Républicaine à Paris et ex-motard de la police à Montpellier. Il s’est suicidé le 29 septembre 2021 au Grau-du-Roi en reconnaissant être le tueur en série « Le Grêlé » qui a sévi en Île-de-France dans les années 80 et 90. Il est responsable d’au moins trois meurtres et six viols connus, utilisant la technique du garrot espagnol sur ses victimes. La mise à jour du Grêlé a mis un terme à l’un des plus vieux cold cases français. Le suicide de Vérove n’a pas pour autant éteint l’action judiciaire puisque les autorités doutent qu’il ait interrompu ses activités criminellles après 1997.

Les faits

Portrait-robot du Grêlé dont l'identité est François Vérove
Portrait-robot du « Grêlé »

Paris, 19ème arrondissement, 5 mai 1986. le corps de Cécile Bloch, 11 ans, est découvert dans le parking souterrain de l’immeuble où la famille Bloch réside. Tous les midis, Suzanne Bloch, la mère de la petite, avait pour habitude de téléphoner à sa fille pour s’assurer que tout allait bien avant que celle-ci ne retourne en cours l’après-midi, puisque Cécile était externe. Ce jour-là, sa fille n’a pas décroché. Après avoir interrogé le personnel du collège, les commerçants et voisins, Suzanne et Jean-Pierre Bloch alerte la police. Pendant ce temps, le gardien de l’immeuble arpente les parties communes. Le cadavre de Cécile est retrouvé sous un morceau de vieille moquette dans un local technique du troisième sous-sol. L’enfant a été violée, poignardée puis étranglée. Du sperme est prélevé par la police scientifique. Par recoupement des divers témoignages, les enquêteurs réalisent que Cécile s’est certainement retrouvée seule dans un ascenseur avec un homme inconnu du voisinage et décrit souffrant d’imperfections cutanées. Un portrait-robot est dressé et le criminel hérite du surnom « Le Grêlé ».

Les enquêteurs sondent les archives de la police pour tenter de rapprocher le profil du tueur de Cécile d’individus précédemment arrêtés en fonction du modus operandi constaté et des éléments anthropométriques reportés. Malgré une enquête poussée, un non-lieu est prononcée par la justice en 1993. La brigade criminelle décide de maintenir le dossier ouvert.

Irmgard Müller a été violée, égorgée et étranglée par le Grêlé
Irmgard Müller est l’une des victimes du Grêlé

Paris, 4ème arrondissement, 29 avril 1987. La brigade criminelle découvre une scène de crime d’une violence inouie : Irmgard Müller, jeune fille au pair allemande de 20 ans, et son employeur, Gilles Politi, un mécanicien Air France de 38 ans, sont retrouvés suppliciés. La jeune allemande est découverte presque intégralement nue et suspendue par les bras à un lit superposé ; sous la ceinture de son peignoir enroulée autour de son cou, sa gorge est tranchée. L’arme du crime, un couteau de cuisine, gît à ses pieds. Gilles Politi est retrouvé totalement nu allongé sur le ventre les bras et pieds attachés dans le dos avec des cravates et ceintures, des liens enserrent son cou. Il a été étranglé selon la technique du garrot espagnol : ses liens ont été entortillés autour d’un tisonnier afin de l’utiliser comme un tourniquet et, ainsi, comprimer les membres et le cou de la victime. Des brûlures de cigarette sont retrouvées sur les cadavres. Le garrot espagnol rappelle la mise à mort de Cécile Bloch et le même ADN est relevé sur les lieux. Aucune effraction n’est constatée et les enquêteurs en concluent que l’une des victimes a ouvert la porte à son bourreau. Malheureusement, les années passent et l’enquête demeure en errance.

Paris, 14ème arrondissement, 27 octobre 1987. Une jeune fille de 14 ans est interpellée par un policier prétextant mener une enquête. Une fois dans l’appartement de l’adolescente, l’homme lui passe les menottes et la viole avant de cambrioler l’appartement et de quitter les lieux, laissant la jeune fille traumatisée.En 1996, l’ADN prélevé dans le cadre de cette enquête permet d’identifier le Grêlé.

Mitry-Mory, 29 juin 1994. Ingrid G., cycliste de 11 ans, est enlevée à proximité d’une ligne de chemin de fer par un homme lui confiant qu’il est policier. Il lui intime de monter dans son véhicule afin de la conduire au commissariat. La fillette est conduite à Saclay, à plus de d’une heure de route, jusqu’à une ferme abandonnée où elle est attachée et violée pendant plusieurs heures. L’homme lui laisse la vie sauve. Une nouvelle fois, l’ADN prélevé par les enquêteurs est celui de l’homme à la peau grêlée.

François Vérove dit "Le Grêlé" a été retrouvé mort au Grau-du-Roi en septembre 2021
François Vérove s’est suicidé avant de répondre de ses crimes devant la justice

Après des années d’enquête et des centaines de pistes analysées, l’investigation prend une nouvelle tournure en 2021 avec la convocation d’un pool resserré de gendarmes par la juge d’instruction Nathalie Turquey. Le 24 septembre, François Vérove, l’un des 750 destinataires de cette convocation, se suicide avec un cocktail de barbituriques au Grau-du-Roi, dans un appartement de location. Sa convocation lui avait été notifiée par téléphone trois jours auparavant et l’audition était fixée au 6 octobre. L’interlocuteur de Vérove avait affirmé que cette convocation était liée à une affaire criminelle survenue dans les années 80 et que son ADN serait prélevé. François Vérove était le Grêlé. Il avait 59 ans. Dans une lettre posthume, il affirme s’être pris en main dès 1997 en réfrénant ses instincts criminels pour une vie plus saine et stable.

Le diable sous l’uniforme

« C’était quelqu’un de courtois et sympathique » dixit le maire de Prades-le-Lez, une commune de l’Hérault où Vérove avait intégré le conseil municipal en 2019. Cette même année, il avait pris sa retraite suite à une carrière dans la police qu’il avait rejointe en 1988 après avoir été gendarme dans la cavalerie de la garde républicaine prendant cinq ans. Entre 1995 et 1999, François Vérove avait posé de nombreux arrêts maladie pour cause de dépression. Bien que décrit comme parfois quelque peu tourmenté par ses supérieurs et collègues, il était considéré comme un collègue sérieux et gentil. A contrario du portrait-robot largement diffusé à travers la France pendant des années, Vérove n’avait pas de cicatrices d’acné. En revanche, ce qui est avéré c’est qu’il se servait de son statut de représentant de l’ordre en exhibant une carte de police et utilisait du matériel professionnel tel que des menottes, un talkie-walkie et son arme de service. Bien qu’à ce jour il ne soit pas relié à une quelconque affaire criminelle survenue après 1997, les enquêteurs doutent qu’il soit resté inactif pendant près de 25 ans. Outre les affaires précédemment exposées, François Vérove est très fortement suspecté d’avoir tué Karine Leroy disparue sur le chemin de l’école et dont le cadavre a été retrouvé en lisière de forêt dans la région de Meaux à l’été 1994. L’enfant a été tuée par la technique du garrot espagnol à l’aide d’un fil électrique et d’un morceau de bois.

Le chasseur sibérien : plongée dans l’esprit troublé de Mikhail Popkov

Mikhail Popkov, policier russe, a tué au moins 56 femmes

Mikhail Popkov, également connu sous le surnom « Le Loup de Sibérie », est un tueur en série russe lourdement condamné pour avoir commis des meurtres brutaux. Né le 7 mars 1964 à Angarsk, Popkov a été officier de police pendant de nombreuses années. Cependant, derrière cette façade respectable se cachait un prédateur impitoyable. Entre 1992 et 2010, Popkov a commis au moins 81 meurtres de femmes en Sibérie orientale. Il ciblait principalement des femmes qu’il considérait comme « immorales », les attirant avec sa voiture de police avant de les agresser sexuellement et de les tuer. Sa méthode de prédilection était de les poignarder à mort puis de les violer post-mortem. Popkov a été arrêté en 2012 et a avoué ses crimes, affirmant qu’il cherchait à « purifier » la société.

Les faits

Mikhail Popkov aurait tué au moins 83 femmes
Popkov est l’un des tueurs en série les plus prolifiques de l’histoire

Né le 7 mars 1964 à Norilsk au nord de Krasnoïarsk dans la Russie septentrionale, Mikhail Popkov est élevé à Angarsk dans la région d’Irkoutsk, en Sibérie. Au début des années 90, il devient officier de police dans cette même région. Dès 1992, il laisse libre cours à ses instincts criminels extrêmement violents en proposant à ses futures victimes de monter dans sa voiture de police avant de les emmener dans des endroits reculés où il les viole et les assassine généralement avec des objets contondants en les frappant à de nombreuses reprises à la tête. Il varie les mises à mort en utilisant également à l’occasion un couteau, un tournevis, un pique à glace ou encore une hache. Il exploite la confiance que lui inspire sa position d’officier de police en ciblant des femmes qui sont seules dans la nuit, souvent légèrement alcoolisées et disposées à engager la conversation avec lui. Popkov utilise sans vergogne son uniforme et sa voiture de patrouille pour gagner la confiance de celles-ci, leur offrant bien souvent de l’alcool avant de commettre ses crimes.

Mikhail Popkov est parvenu à échapper à la police pendant de nombreuses années grâce à une combinaison de facteurs. Malgré plusieurs enquêtes approfondies et les témoignages de victimes survivantes, il a échappé à la police pendant près de deux décennies. Popkov a également tiré partie de son mariage avec Elena Popkova, qui faisait également partie des forces de police, pour lui fournir des alibis, détournant ainsi les soupçons qui pesaient sur lui. Il prenait un malin plaisir à enquêter sur les meurtres épouvantables du sadiques d’Irkoutsk. Les enquêteurs ont fini par établir un lien le reliant aux crimes grâce aux traces laissées par un véhicule 4×4 Lada, un véhicule tout-terrain manufacturé à l’époque soviétique et fréquemment utilisé par les forces de l’ordre locales, ce qui a permis de le capturer en 2012 après des tests ADN effectués sur environ 3 500 policiers d’Irkoutsk en service mais également à la retraite.

Mikhail Popkov a été condamné à la perpétuité
Popkov lors de son procès

Popkov menait une double vie, apparaissant comme un citoyen modèle auprès de son entourage ce qui lui permettait d’éviter les soupçons. En outre, il a avoué avoir pris des armes dans le dépôt de preuves de la police pour l’aider à commettre ses meurtres. En 2015, il a été reconnu coupable de 22 meurtres et condamné à la réclusion à perpétuité. En 2018, après la collecte de nouvelles preuves, il a été reconnu coupable de 56 autres meurtres. L’affaire Popkov a choqué le monde entier par l’ampleur des crimes perpétrés et la cruauté avec laquelle il a agi. Sa capture a mis fin à une série d’assassinats qui ont terrorisé la région d’Irkoutsk pendant des années. Mikhail Popkov reste l’un des tueurs en série les plus notoires de l’histoire criminelle russe.

Un policier retors à l’inextinguible détestation des femmes

Mikhail Popkov ressentait une haine absolue envers les prostituées et faisait montre d’une grande misogynie. Son sadisme sexuel a été largement démontré lors de l’enquête. Ses crimes brutaux étaient motivés par le désir de « nettoyer les rues des prostituées » et par la croyance erronée en l’infidélité de sa femme. Le profil psychologique de Popkov révèle un individu complexe souffrant d’un sens moral vicié. Ses agissements et turpitudes lors de l’investigation suggèrent un niveau élevé de ruse et de manipulation.

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La folie meurtrière de ces trois officiers tueurs en série, Gérard Schaefer, François Vérove et Mikhail Popkov, met en lumière les sombres aspects de la nature humaine et soulève des questions profondes sur la confiance et l’intégrité au sein des forces de l’ordre. Ces individus, censés protéger et servir la société, ont trahi leur serment et commis des actes impardonnables. Leurs crimes horribles nous rappellent l’importance cruciale de la vigilance et de la responsabilité dans le maintien de la justice et de la sécurité pour tous. Il est essentiel d’identifier et d’éliminer de tels prédateurs au sein des institutions chargées de faire respecter la loi afin de prévenir de telles tragédies à l’avenir. Quelle que soit sa profession, tout homme n’en demeure pas moins faillible et perméable à la maladie mentale.

Pour aller plus loin

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