Criminalistique,  Génétique,  Sciences médico-légales

Les pères fondateurs de la police scientifique

Il est loin le temps où la police accumulait les indices sans les soumettre à une rigoureuse analyse scientifique. Columbo et la science marchent désormais main dans la main et les techniques ne cessent d’évoluer et de prendre de la place dans la conduite d’une enquête. Cette évolution de la criminalistique est le fruit du travail de quelques grands noms qui ont donné une impulsion majeure à la police technique et scientifique.

Alphonse Bertillon, le créateur de l’anthropométrie judiciaire

Alphonse Bertillon connu pour le bertillonnage

Alphonse Bertillon est né le 22 avril 1853 à Paris. Après une scolarité médiocre malgré un contexte familial relativement élitiste, Bertillon atterrit à la préfecture de police de Paris en 1879 suite à l’abandon de ses études de médecine. Son père est directeur des statistiques pour le département de la Seine, son frère est statisticien et son grand-père est démographe. Son passage à la préfecture de police va déclencher une vocation qui révolutionnera les enquêtes criminelles.

D’abord en charge du classement des dossiers relatifs à des criminels et de la rédaction de fiches de signalement, il devient en 1882 le chef du service photographique. Son esprit analytique va accoucher de ce que l’on appellera plus tard le bertillonnage, un système d’identification innovant basé sur la conjonction de quatorze facteurs anatomiques déterminants.

Le bertillonnage s’appuie entre autres sur la taille, la mesure des mains, pieds, oreilles, arête du nez, de l’écartement des yeux, de la longueur de l’avant-bras et sur des relevés crâniens. Les statistiques démontrent que sur la base de ces variables il n’y a qu’une chance sur 286 millions que ces mesures soient équivalentes entre deux individus distincts. Malgré quelques réticences internes, la préfecture de police de Paris adopte ce système en 1883. L’identification de récidivistes va entériner l’application des travaux de Bertillon. 49 identifications sont relevées en 1883. En 1887, ce sont pas moins de 1187 identifications qui sont quantifiées.

Au fil des ans, le bertillonnage est étendu aux cadavres non identifiés, aux aliénés sans identité, aux étrangers interdits de séjour en France et aux vagabonds. Ce système fait des émules en Europe puis sur les autres continents et les publications d’Alphonse Bertillon sont traduites dans le monde entier. Bertillon est considéré comme le plus illustre policier du dix-neuvième siècle. Sa méthode va perdurer pendant des décennies jusqu’à ce qu’elle soit supplantée par la dactyloscopie qui se base sur les empreintes digitales.

Henry Faulds, la dactyloscopie au service de la justice

Henry Faulds était un criminologue écossais

Henry Faulds naît le 1er juin 1843 en Écosse. Diplômé en médecine, il devient missionnaire médical pour l’église écossaise. Après avoir exercé deux ans en Inde, il se marie et est transféré au Japon où il établit la première mission anglophone. Il participe également à la fondation d’une école pour aveugles. En parallèle de sa carrière médicale, il s’associe avec le cousin de Darwin, Francis Galton, dans l’étude des empreintes digitales.

Il est persuadé que cette caractéristique anatomique unique est déterminante après avoir étudié les empreintes laissées sur des poteries japonaises suite à des fouilles archéologiques dans les années 1870. Il se lance dans le développement de la technique dactyloscopique en commençant par observer les mains de ses étudiants. Faulds s’oriente vers les sciences médico-légales après avoir confondu le voleur d’alcool dans un hôpital.

Les travaux de Faulds ont été captés par Francis Galton et William Herschel qui souhaitaient jouir du crédit de ses découvertes et avancées. Mais, les travaux académiques d’henry Faulds ont été mis en relief par son livre publié en 1905 et l’envoi d’un grand volume de lettres aux services de police autour du globe préconisant le recours aux empreintes digitales. L’écossais n’a pas bénéficié de la reconnaissance qui lui était due de son vivant.

Dans les décennies qui ont suivi ses travaux, la dactyloscopie est devenue une technique de premier ordre dans les investigations menées aux quatre points cardinaux de la planète. Les empreintes digitales sont toujours utilisées de nos jours que ce soit par les enquêteurs ou les administrations entre autres dans la délivrance de papiers d’identité.

Louis François Étienne Bergeret, les insectes au service de la criminalistique

Bergeret au 19ème siècle

Bergeret naît dans le Jura le 17 décembre 1814. Après avoir obtenu son doctorat en médecine, il établit son cabinet en Franche-Comté et côtoie la famille Pasteur et un membre actif de diverses sociétés savantes de sa région. En 1850, son destin bascule. Il procède à l’autopsie du cadavre d’un nouveau né retrouvé dans une cheminée par un maçon.

En observant les escouades d’insectes ayant colonisé le corps du nourrisson, il est capable d’affirmer que l’enfant est mort deux ans auparavant. Pour ce faire, il s’intéresse aux cycles de vie des pupes, larves et chenilles. Sur la base des travaux de Bergeret, la police parvient à isoler la mère parmi les quatre locataires ayant occupé la chambre entre 1848 et 1850. L’enfant étant décédé de mort naturelle, la génitrice est acquittée lors de son procès. L’entomologie judiciaire est née.

En 1855, Bergeret publie ses analyses sous le titre Infanticide, Momification Naturelle Du Cadavre dans les Annales d’Hygiène Publique et de Médecine Légale. Il va ensuite multiplier les publications sur le sujet et démontrer la validité de sa technique dans le cadre d’enquêtes criminelles. Puis, il publie divers ouvrages médicaux dont certains font référence et sont traduits et vendus aux États-Unis.

Edmond Locard, le fondateur du premier laboratoire de police scientifique

Edmond Locard fondateur du premier laboratoire e police scientifique au monde

Edmond Locard naît à Saint Chamond le 13 décembre 1877. Il grandit à Lyon et parle onze langues au moment d’obtenir son baccalauréat. Après avoir étudié le droit, il poursuit des études de médecine et s’oriente plus spécifiquement vers la médecine légale. Aux côtés de son mentor, Alexandre Lacassagne, et d’autres sommités, il introduit la dactyloscopie à Lyon.

En 1910, Locard fonde le premier laboratoire de police scientifique au monde dans la capitale des Gaules et résoud sa première enquête criminelle grâce aux empreintes digitales douze ans après la première résolution basée sur la dactyloscopie par Bertillon. Il devient le French Sherlock Holmes.

L’une de ses citations fait le tour du monde et modifie les perspectives d’enquêtes :

« Nul ne peut agir avec l’intensité que suppose l’action criminelle sans laisser des marques multiples de son passage »

Locard évoque le principe de transfert ou d’échange. Par exemple, les fibres des vêtements portés par l’assassin seront transférées sur la victime lors de la lutte. Dans les années qui suivent, Edmond Locard développe une approche systémique dans sa démarche criminalistique : la balistique, la toxicologie, la graphologie sont exploitées.

Entre 1931 et 1940, Edmond Locard signe un ouvrage en sept volumes, Traité de Police Scientifique, qui fait toujours référence au vingt-et-unième siècle. La méthodologie exposée est toujours utilisée par les laboratoires de police scientifique à travers le monde.

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Combien de fois a-t-on entendu « les aveux ont fait basculer l’enquête » ? Cette affirmation est désormais bien souvent challengée par l’ADN est la reine des preuves ». Nul doute que la déferlante de l’intelligence artificielle qui nous est promise va rebattre les cartes. La police technique et scientifique va certainement connaître une révolution majeure dans les prochaines décennies. Notre article Pourquoi la génétique généalogique révolutionne la résolution d’affaires criminelles ? illustre l’un des domaines majeurs de l’investigation criminalistique.

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