Crimes,  France

Affaire Élodie Kulik, le combat d’un père

Le viol et le meurtre d'Elodie Kulik dans la nuit glaciale

Tous les français de plus de vingt ans connaissent l’affaire Élodie Kulik. Cette affaire criminelle survenue en 2002 a laissé son empreinte sur une population française horrifiée par les circonstances de la mort de la jeune femme. Cette enquête a été à la fois une épopée judiciaire et la lutte sans relâche d’un père dans sa recherche de la vérité.

Un sourire s’est éteint le 11 janvier 2002

En 2000, Élodie Kulik devient à l’âge de 22 ans la plus jeune directrice de banque en France. Sérieuse, rigoureuse et travailleuse, elle est aussi très appréciée pour son empathie et sa gentillesse. De plus, elle jouit d’un physique très avantageux. Élodie est à l’orée d’un avenir radieux. Dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, ce qui était un destin idyllique s’interrompt brutalement.

Ce soir-là, Élodie dîne avec un ami dans un restaurant chinois de Saint Quentin, en Picardie. Vers 23 heures, elle met le cap sur son domicile situé à Péronne dans le département voisin de la Somme. La nuit est glaciale et le brouillard a enveloppé la région. Mais, Émilie n’a que trente minutes de conduite avant de retrouver la chaleur de l’appartement dans lequel elle a récemment emménagé.

À 00h21, les pompiers reçoivent l’appel glaçant d’une femme qui hurle au téléphone qu’elle est menacée. La communication est brutalement coupée après que l’opérateur ait entendu les voix de deux voire trois hommes semblant se rapprocher de l’appelante.

Plusieurs automobilistes ont signalé le véhicule accidenté d'Elodie Kulik

Dans les heures qui suivent et, bien que la route départementale soit peu empruntée la nuit, trois personnes vont signaler un véhicule accidenté sur le territoire de la commune de Catrigny, à cinq kilomètres de Péronne. Un sac à main est retrouvé dans l’habitacle ; il appartient à Élodie Kulik. Ses parents contactent les hôpitaux de la région, ses amis et relations. Personne ne sait où est Élodie.

Le surlendemain, un agriculteur aperçoit une masse noire dans une décharge située sur terrain militaire désaffecté sur la commune de Tertry. Il s’agit d’un cadavre féminin partiellement brûlé. Quelques heures plus tard, il est établi qu’il s’agit du corps d’Élodie Kulik. La jeune picarde a été violée puis étranglée. Les ténèbres s’abattent sur la famille Kulik qui a déjà perdu deux enfants dans un accident de voiture peu avant la naissance d’Élodie en 1978.

Les errements d’une enquête difficile

Le corps d'Elodie Kulik a été retrouvé dans une décharge
Le corps partiellement brûlé d’Elodie Kulik a été retrouvé dans une décharge

Les tueurs d’Élodie ont laissé derrière eux un grand nombre d’indices. Là où le corps est retrouvé sont récupérés un préservatif contenant du sperme, quatre autres ADN, un mégot de cigarette et une empreinte digitale. Ces éléments ne déclenchent aucune correspondance dans les bases de données judiciaires. Jacky Kulik, le père d’Élodie, se lance alors dans le combat de sa vie pour retrouver les meurtriers de sa fille.

Il va devoir attendre dix longues années avant que l’enquête débouche sur une piste solide. Près de 70 échantillons ADN ont été exploités dans l’année qui a suivi le meurtre d’Élodie, en vain. C’est l’ADN de parentèle qui va permettre de donner une impulsion à l’enquête sur les recommandations d’un enquêteur.

La photo de Grégory Wiart
Grégory Wiart a violé et tué Elodie Kulik

Comme évoqué dans notre article Pourquoi la génétique généalogique révolutionne la résolution d’affaires criminelles ?, le recours aux entreprises américaines spécialisées en base de données généalogiques permet de mettre à jour un ADN lié à celui d’un Picard, Grégory Wiart. L’ADN de parentèle établit une connexion génétique entre les individus d’une même famille. Il suffit que l’un des membres de la famille concernée ait soumis un écouvillon à une société spécialisée afin d’en savoir plus au sujet de son background éthnique pour que, sur cette base, on puisse remonter jusqu’à un frère, un oncle ou un cousin.

La science et la voix

Cette avancée majeure est altérée par une très mauvaise nouvelle : Grégory Wiart est décédé dans un accident de voiture un an et demi après le meurtre d’Élodie. Son corps est exhumé et l’ADN correspond à l’un des ADN trouvés sur la cadavre. Wiart a donc pris part au meurtre de la jeune femme. Sa famille est stupéfaite mais l’analyse ADN est formelle. Wiart avait été élevé dans le même village qu’Élodie, Monchy-Lagache. Sur cette base et, comme une à deux autres voix ont été entendues lors de l’appel désespéré d’Élodie aux secours, l’entourage de Wiart est passé au crible par les enquêteurs.

Un ami de Wiart, Willy Bardon, a été rapidemet suspecté
Willy Bardon a très vite été suspecté par les enquêteurs

Ainsi, les enquêteurs sont amenés à s’intéresser à Willy Bardon, un ami proche de Grégory Wiart avec qui il partageait une passion pour les virées en 4×4. Il est plausible qu’Élodie, alors au volant de sa voiture, ait été poussée en dehors de la route par un véhicule tout-terrain. Bardon, fort en gueule, est connu pour certaines de ses actions à la limite de la légalité. Son comportement avec le gent féminine ne plaide pas non plus en sa faveur. La tessiture de sa voix correspond à l’enregistrement sonore capté lors de l’agression d’Élodie. D’ailleurs, lors de sa garde à vue, à l’écoute de la captation sonore, Willy Bardon concède qu’il s’agit de sa voix avant de se rétracter devant le juge d’instruction. Les hommes qui faisaient partie de son groupe d’amis reconnaissent également sa voix.

Deux procès et une incertitude tenace

Après une enquête scientifique rigoureuse et très approfondie, le procès de Bardon s’ouvre le 21 novembre 2019 à Amiens. Il était sous surveillance électronique et assigné à résidence depuis 2014. Le 6 décembre, il est condamné à trente années de réclusion pour l’enlèvement et le viol d’Élodie Kulik ; le doute bénéficiant à l’accusé le meurtre n’est pas retenu à l’encontre de Willy Bardon.

Willy Bardon a finlement affronté la  justice
Willy Bardon a été jugé deux fois

Il fait appel et son deuxième procès débute le 14 juin 2021 devant la cour de Douai. Le 1er juillet suivant, le verdict de trente années de prison est confirmé. Outre l’enlèvement et le viol, l’accusation de meurtre est retenue. Bardon se pourvoit en cassation. Le pourvoi en cassation est rejeté le 30 novembre 2022. Ses avocats envisagent désormais de transmettre le dossier à la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH). Willy Bardon soutient qu’il n’a pas pris part au viol et au meurtre d’Élodie et l’incertitude n’est pas totalement dissipée quant à son implication puisqu’une troisième voix au loin serait distinguible sur l’enregistrement retenu pour son incrimination.

Le combat sans relâche d’un père

La famille Kulik avait traversé un drame familial deux ans avant la naissance d’Élodie. Leurs deux enfants de cinq et six ans avaient péri dans un accident de voiture. Dès que le corps d’Élodie est retrouvé le 12 janvier 2002, Jacky Kulik décide de se battre pour faire éclater la vérité, a fortiori lorsque l’enquête commence à piétiner. Il commence par se mettre en relation avec l’association Angélique un ange est passé qui prêche pour une meilleure exploitation du FNAEG, le fichier national des empreintes génétiques, avec un élargissement des critères d’inclusion.

Puisque de l’ADN a été relevé sur la scène de crime, Monsieur Kulik s’intéresse à tout ce qui concerne l’ADN nucléaire et les progrès de la science en ce domaine. Lorsque le sperme laissé par Grégory Wiart dans un préservatif retrouvé sur site permet son identification, c’est une victoire pour Jacky Kulik qui plaidait depuis des années pour un usage approfondi de l’empreinte génétique comme l’on fait les anglo-saxons bien avant les français.

Jacky Kulik a tenu bon pendant des années
Jacky Kulik, père courage

L’homme a également vu sa pugnacité mise à l’épreuve lorsque son épouse a fait une tentative de suicide peu après la mort violente de leur fille. Rose-Marie Kulik est restée neuf ans dans le coma avant de décéder en 2011. Pourtant, Jacky Kulik, qui avait perdu son père mineur alors qu’il était encore très jeune, a persisté dans son combat en se rappelant au bon souvenir des enquêteurs, juges d’instruction et politiques tout au long de l’instruction. Il a mené sa propre enquête en refaisant à plusieurs reprises le trajet suivi par Élodie la nuit du drame, en interrogeant des témoins et en exploitant la moindre piste. Il s’est même vu reprocher de parasiter l’enquête des gendarmes. Mais, sa détermination n’a jamais failli. Âgé de 73 ans, il peut désormais se reposer.

L’affaire Élodie Kulik est un exemple de détermination. La détermination du père de la victime mais également la détermination des enquêteurs et des autorités. C’est aussi un plébiscite pour les sciences médico-légales et les nouvelles techniques d’investigation s’appuyant entre autres sur les nouvelles technologies.

Pour aller plus loin :

Lire l’article en anglais

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