Cold cases,  Mystères judiciaires

La disparition de la famille Méchinaud, analyse du cold case français le plus ancien

La famille Méchinaud a disparu en 1972

Le Pôle des Crimes Sériels ou Non Elucidés (PCSNE) qui a vu le jour en mars 2022 a dans ses cartons le dossier Méchinaud, le plus vieux cold case français. Les parents et leur deux enfants ont disparu le 25 décembre 1972 après avoir réveillonné chez des amis à Cognac. Cinq décennies plus tard, il n’y a aucune trace de la famille Méchinaud.

Le dernier réveillon de Noël des Méchinaud

Le domicile des Méchinaud
La maison des Méchinaud à Boutiers-Saint Trojan

Le 24 décembre 1972, toute la famille Méchinaud s’est rendue de son domicile situé à Boutiers-Saint Trojan, en Charente, à Cognac afin de réveillonner chez leur amis. Aux alentours d’une heure du matin, après une soirée agréable, Jacques, 31 ans, Pierrette, 29 ans, et les enfants Eric et Bruno, 7 et 4 ans respectivement, montent dans leur véhicule Simca 1100 pour regagner leur domicile distant de 4 kilomètres.

La soirée s’est bien déroulée et tous les membres de la famille semblent agir comme à l’accoutumée. Pourtant, une semaine plus tard, les parents de Jacques Méchinaud donnent l’alerte. Ils n’ont plus aucune nouvelle de leur fils et de sa famille depuis de longs jours. Les gendarmes sont dépêchés sur place. Ils ne trouvent rien de suspect. Dans le réfrigérateur, les aliments pour le repas de Noël sont avariés. les cadeaux des enfants trônent sous le sapin.

Un tableau de famille dont les couleurs se sont étiolées

Maurice Blanchon, le voisin et amant de Pierrette Méchinaud
Maurice Blanchon vivait une relation adultère avec Pierrette Méchinaud
Photo : La Charente Libre

Comme dans toute enquête concernant une famille, les enquêteurs commencent par s’intéresser aux membres la composant. Rapidement, il est mis à jour une liaison adultère de Pierrette avec le voisin des Méchinaud, Maurice Blanchon. Ce dernier explique que Jacques, salarié à l’usine Saint Gobain de Châteaubernard, travaillait beaucoup et régnait en maître sur son foyer. De plus, il était régulièrement en déplacement professionnel et, selon Blanchon, Pierrette avait souvent exprimé son inquiétude d’être seule avec ses enfants la nuit.

Il semble que Jacques Méchinaud avait eu connaissance de cette liaison peu de temps avant la disparition de la famille dixit son frère et un collègue de Saint Gobain. Certainement blessé, Jacques a-t-il pris la décision de soustraire son épouse puis, par extension, toute sa famille à l’influence de Blanchon ? Selon ce dernier, Pierrette songeait au divorce. D’après l’un des frères de Jacques Méchinaud, celui-ci était un homme exigeant aux principes affirmés. Rappelons-nous que ce fait divers prend place en décembre 1972 dans un village d’environ 1 300 âmes.

Toutes les fouilles demeurent vaines

Trajet des Méchinaud de Cognac à Boutiers-Saint Trojan
La Simca 1100 des Méchinaud est-elle tombée dans la Charente ?

Dans les semaines et mois qui suivent la disparition de la famille Méchinaud, de nombreuses fouilles ont été conduites, en vain. C’est tout le département de la Charente qui est retourné : les villages, les plaines, les bois, les fleuves, les carrières. La Charente est draguée sur des kilomètres car on envisage bien évidemment la thèse de l’accident. Sur le trajet entre Cognac et Boutiers-Saint Trojan, les Méchinaud devaient passer un pont enjambant le fleuve comme le montre la photo ci-contre. On ne retrouve aucun élément lié de près ou de rien aux Méchinaud. La Charente est à nouveau sondée en 2011, 2012 et 2013 sans que la moindre trace ne soit décelée. Un géoradar est utilisé pour sonder les cavités.

Les semaines puis les mois passent et les Méchinaud demeurent introuvables. la famille s’est volatilisée. Les enquêteurs décident de scruter à la loupe tous les cadavres retrouvés dans la région. Ainsi, depuis plus de cinquante ans, tous les ossements mis à jour ont été analysés. A chaque découverte d’un corps, on envisage un lin avec les Méchinaud. La technologie progressant, l’ADN contenu dans les os est ensuite étudié. Aucun corps retrouvé dans les environs n’appartient à un membre de la famille Méchinaud. On a également vainement recherché le véhicule Simca 1100 grenat immatriculé 544 JV 16.

Les familiers et les amis ont été exonérés

Jacques, Pierrette, Bruno et Eric Méchinaud
Pierrette, Jacques, Eric et Bruno Méchinaud

Maurice Blanchon, l’amant, est un suspect de choix dès 1973. Il n’est pas inquiété suite aux interrogatoires menés dans les mois qui suivent l’absence prolongée des Méchinaud. Cependant, en 2020, suite à la réouverture de l’enquête, l’ancien amant de Pierrette Méchinaud se voit interrogé à nouveau par les enquêteurs assignés à l’investigation. Sa maison et son terrain sont sondés par des techniciens. Les fouilles n’aboutissent à aucune découverte en lien avec les Méchinaud.

Jacques Méchinaud était le huitième d’une fratrie d’onze enfants. Les frères et soeurs de Jacques, les grands-parents et autres cousins ont été exonérés par les enquêteurs. Le contexte familial et les rapports intra-familiaux ont été scrutés sans que cela ne mène à la moindre piste en corrélation avec la disparition de Jacques, Pierrette, Bruno et Eric. Au contraire, les proches des Méchinaud – dont certains sont bien évidemment décédés – n’ont pas pu faire leur deuil depuis toutes ces années même si l’espoir que leur frère, soeur, neveux et cousins soient vivants demeure vivace.

La piste de la disparition volontaire reste valable

La famille Méchinaud est-elle partie en Australie ?
Les Méchinaud ont-ils mis le cap sur l’Australie ?

Dans l’article de Pierrick Baudais dans Ouest France « Et si un jour, ils revenaient… » : la famille Méchinaud a disparu il y a 50 ans, Maurice Blanchon laisse entendre que Jacques Méchinaud avait exprimé son souhait de partir vivre en Australie. Il ajoute que Pierrette n’en avait pas l’envie mais que si son époux a fait ce choix « elle a dû le suivre ». L’amant penche pour l’hypothèse de la disparition volontaire et imagine que les Méchinaud ont mis le cap sur l’étranger.

Après tout, Jacques Méchinaud avait eu l’opportunité de voyager à l’étranger dans le cadre de sa profession. D’ailleurs, quelques jours avant la disparition, Pierrette aurait dit à son amant de ne pas s’inquiéter sans qu’il ne sache ce qu’elle sous-entendait

Un autre élément peut être additionné à cette thèse : un voisin des Méchinaud a déclaré aux enquêteurs que Jacques était un homme qu’il ne fallait pas provoquer et qu’il lui avait confié un jour que tout le monde y passerait s’il devait apprendre que sa femme le trompait. Il aurait ajouté qu’il n’y aurait pas de rémission et qu’il connaissait des coins où lui et sa famille ne seraient jamais retrouvés.

La famille Méchinaud a disparu il y a plus de cinquante ans. Cette enquête est aujourd’hui le cold case le plus ancien en France. Le transfert du dossier au Pôle des Crimes Sériels ou Non Elucidés de Nanterre, une structure judiciaire unique au monde, permettra-t-il de savoir bientôt ce qu’il est advenu de Jacques, Pierrette, Eric et Bruno Méchinaud ? S’ils sont vivants, les enfants sont aujourd’hui âgés de 55 et 58 ans. Espérons que la vérité soit mise à jour prochainement dans ce mystère judiciaire qui est toujours débattu en Charente. Pour découvrir d’autres affaires mystérieuses, nous vous invitons à lire notre article Cinq mystères judiciaires qui défient la raison.

En savoir plus sur l’affaire Méchinaud :

Lire l’article en anglais

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