Mystères judiciaires

Cinq mystères judiciaires qui défient la raison

Cinq mystères qui défient notre raison

Nous aimons tous les mystères. Cependant, quand il s’agit d’affaires criminelles, notre désir de justice s’en trouve contrarié. L’histoire est émaillée de ces mystères judiciaires qui nous laissent un goût d’inachevé. Que ce soit des crimes de sang, des disparitions inexpliquées ou encore des morts énigmatiques, plongeons dans cinq enquêtes troubles qui mettent à mal notre entendement et challengent nos sentiments.

Terreur sur la Nouvelle Orléans

Le tueur a la hache a terrorisé la communauté italo-américaine de la Nouvelle Orléans

Entre 1910 et 1920, un insaisissable tueur à la hache a terrorisé la communauté italo-américaine de la Nouvelle Orléans. Toutes les victimes, au nombre de douze, ont été attaquées de nuit, bien souvent dans leur sommeil. Il semble que ce croque-mitaine avait une prédilection pour les épiciers d’ascendance italienne.

Après le meurtre de l’épicier Joe Davi en juin 1911, le tueur a disparu pendant près de sept années avant de faire un retour sanglant et de déclencher une véritable panique à travers la mégapole louisianaise. Il s’introduit généralement par la porte de derrière et vole une hache appartenant au foyer visité avant de fondre sur les résidents. Aucun autre objet n’est volé. La presse évoque des crimes à motivation raciale et met bientôt en cause la mafia bien que rien ne lie la pieuvre à ces effroyables homicides. Les criminologues suspectent que les hommes aient été tués lorsqu’ils faisaient obstruction au tueur dans son souhait de sauvagement attaquer les femmes du foyer.

On a également attribué au tueur à la hache une passion pour le jazz après qu’une lettre lui étant attribuée disait qu’il épargnerait la vie de ceux dont le foyer résonnerait de notes de jazz. C’est ainsi que certains résidents n’ont pas hésité à pousser le volume à fond tous les soirs pendant de longs mois. En 1920, les meurtres ont définitivement cessé et le tueur n’a jamais été identifié.

L’énigme des meurtres d’Hinterkaifeck

Qui a tué les 6 résidents de la ferme d'Hinterkaifeck en 1922 ?

Le 31 mars 1922, à Hinterkaifeck, une ville rurale située à 70 kilomètres de Munich, les six habitants d’une ferme ont été massacrés. Il s’agit d’Andreas et de sa femme Cäzilia Gruber, leur fille Viktoria Gabriel, ses deux enfants Cäzilia et Josef, et la nourrice Maria Baumgartner embauchée le jour-même. Ils ont tous été tués avec une pioche. Le mystère s’épaissit lorsque les enquêteurs découvrent que les adultes et Cäzilia Junior ont été leurrés l’un après l’autre vers la grange ; les quatre corps ont été découverts empilés dans la paille. Josef est retrouvé dans son berceau et Maria dans son lit.

Pire encore : il est prouvé que le ou les assassin(s) a vécu parmi les dépouilles pendant les six jours suivants les crimes. Le bétail a été nourri, le garde-manger a été vidé, les voisins ont indiqué que de la fumée sortant de la cheminée avait été aperçue et le facteur a attesté avoir vu le chien de la famille Gruber attaché à la boîte aux lettres la veille de la découverte des cadavres. Enfin, la précédente nourrice avait démissionné six mois auparavant car elle était persuadée que la ferme était hantée depuis que la famille Gruber et celle-ci avait à plusieurs reprises entendu des bruits et des voix qui provenaient du grenier. Andreas Gruber lui avait également notifié qu’un jeu de clés avait étrangement disparu.

Ce dernier élément laisse à penser que le ou les tueur(s) auraient vécu dans la ferme à l’insu des propriétaires pendant de longs mois avant de les éliminer sans aucune pitié et de manière brutale. En 1923, la ferme bavaroise a été détruite. Une pioche qui pourrait être l’arme utilisée par le(s) assassin(s) a été découverte dans le grenier. Malgré de multiples arrestations et interrogatoires, le(s) tueur(s) n’ont jamais été appréhendés et le dossier est clos depuis 1955.

Monsieur Ogletree, un étrange client

Roland T. Owens alias Artemus Ogletree, l'étrange client de la chambre 1046

Début janvier 1935, un homme sans bagage entre 20 et 30 ans s’enregistra au President Hotel de Kansas City sous le nom de Roland T. Owens. Il se vit allouer la chambre 1046. Ce client se révéla être un homme particulièrement étrange. lorsque la femme de chambre se présenta, il demanda à ce que la porte ne soit pas verrouillée car un ami devait lui rendre visite. Les doubles rideaux étaient tirés et seule une petite lampe au faible éclat était allumée. La femme de chambre remarqua qu’Owens semblait inquiet voire quelque peu effrayé.

Quand celle-ci lui porta des serviettes en fin d’après-midi, elle trouva la chambre plongée dans l’obscurité avec Owens allongé tout habillé. Sur la table de nuit, une note disait « Don, je serai de retour dans 15 minutes. Attends-moi ». Le lendemain, elle trouva la porte verrouillée de l’extérieur. Pourtant, Owen semblait être à l’intérieur. Elle le fit appeler par la réception et Roland Owens répondit « Non Don, je ne veux pas manger. Je n’ai pas faim. Je viens juste de prendre mon petit-déjeuner » avant de répéter « Non, je n’ai pas faim ». Plus tard dans la journée, la femme de chambre entendit deux voix masculines à travers la porte et, quand elle dit qu’elle amenait des serviettes propres, l’une des deux voix répondit « Nous n’en avons pas besoin ».

La nuit suivante, l’occupante de la chambre voisine entendit des éclats de voix masculine et féminine provenant de la chambre 1046. Le matin suivant, le réceptionniste constata que le téléphone de la 1046 était décroché depuis un certain temps ; on envoya le groom, Randolph Propst. Après avoir tapé à la porte, il entendit « Entrez. Allumez la lumière ». Cependant, la porte était verrouillée de l’intérieur et personne ne lui ouvrit. Il demanda « Raccrochez le téléphone ». Une heure plus tard, le téléphone demeurant décroché, un autre groom fut envoyé ; il utilisa un passe-partout et découvrit Owens allongé nu sur son lit dans un état comateux. Il raccrocha le téléphone. Une heure plus tard, Propst fut à nouveau envoyé à la chambre 1046 puisque le téléphone était à nouveau décroché. Il découvrit une scène ahurissante : Owens était à quatre pattes sur les genoux et les coudes, la tête fracturée entre les mains. Une corde reliait son cou à ses poignets et chevilles. Il y avait du sang sur les murs, le lit et dans la salle de bain.

Owens fut transporté encore conscient à l’hôpital mais décéda peu après son admission. On avait essayé de l’étrangler avant de lui infliger une fracture au côté droit de la tête et de le poignarder. Avant qu’il ne meurt, les médecins lui ont demandé s’il avait souhaiter se tuer, ce à quoi il a répondu par la négative. Il fut révélé un peu plus d’un après la mort que la véritable identité d’Owens était Artemus Ogletree, un floridien de 20 ans. Près de 90 ans plus tard, aucun suspect n’a été inquiété et la police locale n’a pas clos le dossier.

Le Dahlia Noir, 76 ans de mystère

Elizabeth Short alias le Dahlia Noir

Le 15 janvier 1947, un corps féminin exsangue et tranché en deux est retrouvé dans un terrain vague de Los Angeles. On a infligé le sourire algérien à la morte en coupant ses joues de la commissure des lèvres aux oreilles. Le corps est identifié comme étant Elizabeth Short, aspirante actrice de 22 ans, à la chevelure noire de jais.

Neuf jours plus tard, la rédaction du Los Angeles Examiner reçoit une lettre composée à partir de coupures de presse qui dit « L’Examiner et autres journaux de Los Angeles, voici les effets personnels du Dahlia ». La lettre est accompagnée de la carte de sécurité sociale de Short ainsi que de son certificat de naissance, des photos et un carnet d’adresses dont certaines pages sont manquantes.

Malgré des dizaines de pistes, l’assassin n’a jamais été identifié. Des dizaines de personnes se sont accusées et ont été disculpées, le dernier petit ami d’Elizabeth Short, Jack Anderson, et un médecin ont également été mis hors de cause. En 1994, l’auteur de polars John Gilmore affirme que l’assassin du Dahlia Noir est le Boucher de Cleveland, un tueur en série qui a sévi dans cette ville de l’Ohio entre 1934 et 1938 et qui n’a jamais été arrêté.

En 2003, Steve Hodel, ancien enquêteur du Los Angeles Police Department devenu détective privé, jette un pavé dans la mare. Dans son ouvrage L’Affaire du Dahlia Noir il accuse son défunt père, George Hill Hodel, un médecin réputé spécialiste des maladies vénériennes jouissant d’un quotient intellectuel de 186, d’avoir été un tueur en série. Elizabeth Short serait l’une de ses victimes. Cette thèse est aujourd’hui encore débattue. Hodel avait été suspecté en 1949 par le LAPD. Il est décédé en 1999. Saura-t-on un jour qui a tué avec sauvagerie le Dahlia Noir ? Rien n’est moins sûr…

D.B. Cooper, un insaisissable pirate de l’air

L'identité du pirate de l'air D.B. Cooper n'a jamais été établie

Le 24 novembre 1971, sur le vol 305 de la Northwest Airlines entre Portland et Seattle, un homme en costume et attaché-case d’une quarantaine d’années transmet une note à une hôtesse qui la met dans sa poche sans la consulter. L’homme, qui se présente sous le nom de Dan Cooper (la presse fera ensuite l’erreur de le nommer D.B. Cooper), lui confie « Mademoiselle, vous feriez mieux de lire ma note. J’ai en ma possession une bombe ».

Il invite l’hôtesse de l’air à s’asseoir à ses côtés avant d’ouvrir son attaché-case contenant ce qui semble être une bombe. Il ajoute qu’il veut $200 000 en billets de 20 dans un sac à dos, quatre parachutes et que le plein de kérosène soit effectué une fois au sol. L’hôtesse prévient le capitaine.

Une fois à terre à Seattle, le plein est fait, la rançon et les parachutes sont transmis via l’équipage à ce Dan Cooper. Le pirate de l’air demande à ce que l’avion mette le cap sur Mexico City tout en volant sous les 10 000 pieds. Vers 20 heures, alors que l’avion se dirige vers Reno dans le Nevada, il saute en parachute par la porte arrière de l’appareil.

Malgré un portrait-robot diffusé à travers les États-Unis et au-delà des frontières, l’homme n’a jamais été retrouvé. En 1980, une petite partie de la rançon a été découverte sur les rives du fleuve Columbia. A ce jour, toutes les pistes suivies par le FBI se sont révélées être des impasses. Il s’agit de l’unique cas de piratage aérien irrésolu aux États-Unis.

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Les mystères judiciaires surviennent dans toutes les cultures et depuis les origines de l’Humanité. Ceux que l’on vient d’évoquer sont un florilège d’affaires énigmatiques récentes. A l’âge de l’analyse ADN, les casse-têtes policiers vont peut-être se trouver minorés. Cependant, l’esprit humain étant capable de se montrer extrêmement retors, gageons que d’autres mystères judiciaires surviendront dans les prochaines décennies.

Pour aller plus loin

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