Cold cases,  Crimes,  France

Cinq affaires criminelles emblématiques étudiées à la loupe par le pôle cold cases

Le pôle cold cases rouvre un grand nombre de dossiers en errance

Le pôle cold cases, ou PCSNE pour Pôle des Crimes Sériels ou Non Élucidés, est actif depuis mars 2022 au tribunal de Nanterre. Ce service judiciaire sans nul autre pareil dans le monde (voir notre article France : le pôle cold cases va-t-il répondre à l’exigence d’efficacité judiciaire dans les affaires en errance ?) gère déjà plus de 200 dossiers dont certains ont eu un retentissement particulier dans l’opinion. D’autres sont dans l’impasse depuis des décennies. Nous avons sélectionné cinq affaires emblématiques actuellement passées au crible par les magistrats de Nanterre.

L’affaire Méchinaud, le cold case français le plus ancien

La famille Méchinaud au complet

Le 25 décembre 1972, Jacques et Pierrette Méchinaud, 31 et 29 ans, ainsi que leurs deux fils quittent les amis avec qui ils ont célébré le réveillon de Noël afin de regagner leur domicile de Boutiers-Saint Trojan situé à quatre kilomètres, sur l’autre rive de la Charente. La famille Méchinaud se volatilise. Cinquante ans plus tard, aucun corps n’a été retrouvé, de même que le véhicule familial Simca 1100. Il n’y a aucun témoignage relatif a leur activité suite à leur départ de Cognac cette nuit-là.

Le domicile des Méchinaud est en ordre, aucune de leurs possessions n’est manquante. Leur entourage est mis hors de cause. En revanche, l’enquête relative aux membres de la famille a permis de rapidement mettre à jour la liaison adultère que Pierrette entretenait avec Maurice Blanchon, un voisin. Jacques Méchinaud avait eu connaissance de cet adultère peu avant la disparition des Méchinaud. La Charente et plusieurs plans d’eau ont été dragués à plusieurs reprises et des fouilles de grande amplitude ont été diligentées, sans résultat. Tous les ossements retrouvés en Charente sur les cinquante dernières années ont été soumis à des prélèvements ADN. Depuis 2020, les enquêteurs s’intéressent à nouveau à Blanchon et sa propriété a été sondée.

L’enquête, estampillée Bruneri 47 sur la base des prénoms et des âges des enfants (Bruno et Eric, 4 et 7 ans), reste ouverte et une messagerie e-mail recueille tous les témoignages du grand public. En 2022, le dossier est transmis au PCSNE. La disparition de la famille est un cas unique dans les annales judiciaires françaises de par son ancienneté, l’absence de corps et du véhicule malgré des recherches continues à travers les décennies. Les Méchinaud ont-ils fait une mauvaise rencontre ? Jacques a-t-il assassiné toute sa famille avant de se donner la mort ? A-t-il passé une frontière afin d’éloigner sa femme de son amant ?

L’affaire dans les médias :

Les fiancés de Fontainebleau, promenade mortelle

Gilles Naudet et Anne-Sophie Vandamme

Le 31 octobre 1988, Gilles Naudet et Anne-Sophie Vandamme, âgés de 25 ans et s’apprêtant à convoler en noces, disparaissent après une promenade en forêt de Fontainebleau avec leur chien Dundee. Les corps ne sont découverts que le 10 janvier suivant, sous des branchages. Les fiancés de Fontainebleau, comme la presse les a surnommés, ont été abattus de trois balles dans la tête à bout portant par deux armes différentes ; le chien a été frappé à mort. Les chasseurs actifs dans cette partie de la forêt sont interrogés au cours des mois suivants puisque Gilles et Anne-Sophie ont été tués le jour de l’ouverture de la chasse.

En 1999, un appel anonyme relance l’enquête. Les trois braconniers désignés par l’appelant anonyme sont interrogés et le plus jeune, Cédric, âgé de 17 ans à l’époque des faits, reconnaît le double homicide et affirme que les deux autres individus, son père et Marcel, un ami de ce dernier, ont participé aux meurtres. Il décrit les faits de manière détaillée avec des éléments peu connus du grand public. Lors de l’investigation, il se rétracte. A l’issue du procès d’assises en 2001, Cédric est acquitté, les éléments contre lui étant inconsistants. Son père et Marcel bénéficient d’un non-lieu pour vice de forme.

L’affaire demeure non élucidée à ce jour et les faits sont prescrits depuis 2011. Les zones d’ombre sont très nombreuses et les familles attendent des réponses depuis plus de trois décennies.

L’affaire dans les médias :

Paquita Parra, l’énigme de la vallée des Eaux-Claires

Paquita Parra a été retrouvée morte dans son véhicule calciné le 4 décembre 1988

Le corps de Paquita Parra, 30 ans, a été retrouvé dans sa voiture calcinée, le 4 décembre 1998, à Puymoyen à proximité d’Angoulême. La veille, suite à sa journée de travail, Paquita avait rendez-vous dans la vallée des Eaux-Claires. L’enquête a établi qu’elle était passée au préalable par la gendarmerie pour une affaire de chèque volé. Elle avait pour habitude de se présenter chaque jour au domicile de sa mère ce qu’elle n’a pas fait ce jour de décembre 1998. Son véhicule carbonisé est retrouvé vers 3 heures du matin.

L’incendie a empêché les enquêteurs de relever des indices et de prélever l’ADN de la victime qui avait été tuée avant le départ de feu. L’investigation s’est rapidement orientée vers l’ex-compagnon de la jeune femme, un artiste peintre, qui est incarcéré avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire en septembre 1999. Le dossier est classé en février 2009 puis un non lieu est prononcé l’année suivante. Il faut attendre 2017 pour que le procureur d’Angoulême décide de reprendre le dossier à zéro. Toutes les auditions enregistrées et les procès verbaux sont passés en revue par le logiciel Anacrim. L’information judiciaire est rouverte en 2018 grâce à un rebondissement inattendu.

L’année précédente, une adolescente a trouvé une boîte contenant des effets appartenant à la victime, lors d’une sortie scolaire dans un bois situé à 1,5 kilomètre de la scène de crime. Elle a conservé les objets pendant près de 18 mois sans réaliser qu’ils appartenaient à une victime d’homicide. Sa mère a fini par alerter les autorités. Le corps de Paquita Parra a été exhumé en septembre 2019 pour de nouveaux prélèvements. L’enquête se poursuit désormais sous la houlette du Pôle des Crimes Sériels ou Non Élucidés.

Comment des objets appartenant à la victime ont-ils pu se retrouver intacts dans un bois proche de la scène de crime 19 ans plus tard ? Cette affaire demeure l’une des plus grandes énigmes criminelles de ces trente dernières années.

L’affaire dans les médias :

L’affaire Suzanne Viguier : le triangle amoureux pernicieux

Qui a éliminé Suzanne Viguier ?

Le 1er mars 2000, Jacques Viguier, professeur de droit à l’université Toulouse I Capitole, signale la disparition de son épouse Suzanne. Quelques heures plus tard, c’est l’amant de celle-ci, Olivier Durandet un ami de la famille, qui fait de même. Suzanne Viguier, professeure de danse, n’a pas été revue depuis le 27 février suite à un concours de tarot dont elle rentrée vers 04h30 du matin accompagnée de Durandet.

Les époux Viguier faisaient chambre à part depuis 1995 suite aux nombreuses infidélités du professeur de droit. Ce dernier déclara lors de l’investigation qu’il n’avait pas connaissance de l’adultère de sa femme. Viguier a affirmé que le dimanche 27 février il pensait avoir aperçu peu avant 10h sa femme dormir sur le clic-clac de la chambre d’ami. Mais, peut-être était-ce sa fille ? Apres avoir passé la journée avec ses enfants chez leurs grand-parents, Jacques Viguier a trouvé porte close et Suzanne était absente.Le lendemain, il a constaté en compagnie de Durandet que les bijoux et la robe que portait Suzanne lors de la soirée tarot étaient au domicile familial, de même que ses lunettes. Le 8 mars, Jacques Viguier a déposé plainte contre X pour enlèvement et séquestration. Ainsi débutait une affaire criminelle hors normes.

Hors normes à bien des égards puisqu’il n’y a pas de corps mais aussi parce que Jacques Viguier s’est débarrassé du matelas du-clic-clac à la déchetterie et que Durandet, l’amant de la disparue, va tout faire pour charger le mari alors que lui-même a suborné la baby-sitter en lui demandant de ne pas révéler qu’il s’est introduit dans le domicile des Viguier en sa compagnie le 1er mars 2000 soit deux jours après la disparition de Suzanne. Il y a également le portefeuille de celle-ci retrouvé sur la voie publique par deux policiers le 13 mars et un chauffeur de taxi qui affirme avoir conduit ce jour-là une femme avec une valise à la gare depuis la rue ou se trouve le domicile des Viguier. Cependant, la description de cette dernière ne correspond pas à Suzanne Viguier. Enfin, elle avait rendez-vous avec un avocat le lendemain de sa disparition pour lancer une procédure de divorce.

Jacques Viguier voit son procès s’ouvrir en avril 2009. Apres dix jours de débat, il est acquitté. Le procureur interjette appel et Viguier est à nouveau acquitté en appel le 30 avril. Ses enfants et la mère de Suzanne demeurent convaincus de son innocence. Le parquet ne se pourvoit pas en cassation. Il aura vécu un calvaire long de dix ans. Le 25 mars 2010, Olivier Durandet se voit notifier un rappel à la loi pour avoir suborné la baby-sitter qui a témoigné lors des procès de Jacques Viguier. A date, il n’y a ni cadavre ni coupable. L’affaire Suzanne Viguier reste un mystère judiciaire.

L’affaire dans les médias :

La tuerie de Nantes, l’énigme Dupont de Ligonnès

La famille Dupont de Ligonnès a été assassinée entre le 3 et le avril 2011.

La tuerie de Nantes est certainement l’affaire criminelle française la plus emblématique de ce début de siècle. Le 21 avril 2011, les corps d’Agnès, Arthur, Thomas, Anne et Benoît sont retrouvés dans le jardin de leur maison nantaise. Le père, Xavier, s’est volatilisé. Il est reconnu sur un enregistrement de vidéosurveillance capté a Roquebrune-sur-Argens, dans le Var. Tout a été écrit et analysé sur ce quadruple meurtre et sur cette famille nantaise catholique dont le père a eu un parcours professionnel flou et émaillé d’échecs et qui demeure introuvable malgré les notices Interpol diffusées de par le monde.

Un an avant les faits, Xavier Dupont de Ligonnès, perclus de dettes, avait écrit dans un courriel à ses amis qu’il avait deux solutions, à savoir se « foutre en l’air ou foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort ». Peu avant la tuerie, le bail de la maison a été résilié, les comptes bancaires ont été clôturés, l’école des enfants a été contactée afin de mettre un terme à leur scolarité, l’employeur d’Agnès s’est vu notifier son départ en Australie et la boîte aux lettres a été remplacée par un message imprimé disant « Courriers à retourner à leurs expéditeurs, merci ». Dupont de Ligonnès a acquis des cartouches et un silencieux ; il avait également fait du tir lors de quatre séances s’étalant entre le 26 mars et le 1er avril 2011. L’achat de sacs poubelles de grande contenance, de sacs de chaux et de dalles en plastique adhésives a été constaté par les enquêteurs. Le 5 avril 2011, un huissier de justice chargé de recouvrer une dette de 20 000 Euros a trouvé porte close.

On peut donc en conclure qu’Agnès et les trois enfants vivant au domicile ont été tués entre le 3 et le 4 avril et que Thomas, l’aîné, a été abattu le 5. Il a fallu 16 jours pour que les dépouilles soient mises à jour suite aux actions prises par Dupont de Ligonnès pour retarder la découverte des corps. A ses proches, il a envoyé des lettres laissant entendre que lui et sa famille intégraient un programme de protection de témoins aux Etats-Unis dans le cadre d’un procès relatif au trafic de drogue. Dupont de Ligonnès avait vécu 18 mois aux USA en 1990 lors d’un road trip avec deux de ses amis proches. C’est durant cette période qu’avait eu lieu l’arrestation puis l’incarcération du fugitif John List, un homme qui avait lui aussi abattu toute sa famille ainsi que sa mère en 1971 dans le New Jersey. Malgré quelques rebondissements, Xavier Dupont de Ligonnès n’a jamais été retrouvé.

L’affaire dans les médias :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *