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L’affaire Dorothy Jane Scott : terreur sur la ligne

L'affaire Dorothy Jane Scott : terreur sur la ligne

Quand la réalité dépasse la fiction. L’affaire Dorothy Jane Scott est si terrifiante qu’elle va au-delà du script issu de l’imagination fertile d’un scénariste. La victime est une jeune maman a l’avenir prometteur qui subit les assauts téléphoniques d’un homme à l’esprit particulièrement retors avant de disparaître dans des circonstances inédites ; dans les mois qui suivent, son assassin va cette fois-ci terroriser ses parents de manière extrêmement cruelle. Le destin de la famille Scott a basculé un jour de mai 1980 en Californie, un État américain qui a dû composer avec une intense activité criminelle sur son territoire tout au long de la décennie précédant la disparition de Dorothy Jane Scott.

De sinistres appels téléphoniques

1980, Stanton, Californie. Dorothy Jane Scott, 32 ans, vit avec son fils de 4 ans et sa tante et travaille comme secrétaire pour deux magasins situés à Anaheim vendant des articles prisés des hippies tels que des lampes a lave, des colliers porte-bonheur ou encore des pipes dévolues a l’usage de substances illicites ou tolérées selon la législation locale. Bien que chrétienne pratiquante, Dorothy aime son job et est proche de ses collègues aux goûts alternatifs. Ses liens avec ses parents sont forts. Elle est heureuse mais, depuis quelques temps, ce bonheur est entaché par les appels malveillants d’un homme qui semble nourrir une obsession pour la jeune femme. L’homme se montre à la fois transi d’amour et menaçant puisqu’il affirme à l’occasion qu’il a envie de la tuer. Son harceleur fait montre d’une grande ténacité et semble tout savoir de la vie de Dorothy. Deux de ses appels vont spécifiquement plonger la jeune maman dans la terreur. Lors du premier, il demande à Dorothy de sortir du magasin où elle travaille car il a quelque chose pour elle. Elle s’exécute et trouve une rose fanée sur le pare-brise de sa voiture. Le deuxième appel déclenche une terreur sourde chez Dorothy : son interlocuteur affirme qu’il va l’enlever puis la couper en morceaux afin qu’elle ne soit jamais retrouvée.

Une disparition rocambolesque

Dorothy Jane Scott était harcelée par un correspondant retors

Les appels répétés de cet homme inquiétant conduisent la jeune femme à envisager l’achat d’une arme mais elle préfère se rabattre sur des cours de karaté. Elle se rend à son premier cours une semaine avant de disparaître. Le 28 mai 1980, Dorothy et ses collègues sont convoqués à une réunion professionnelle en fin de journée. Lors de la réunion, Dorothy et sa collègue Pam Head constatent que l’un de leurs collègues dont la main est très enflée ne se sent pas très bien et insistent pour l’emmener aux urgences. Sur le chemin de l’hôpital d’Irvine, Dorothy fait un arrêt chez ses parents vivant à Anaheim afin d’embrasser son fils. Ses collègues restés dans la voiture la voit revenir avec une écharpe rouge alors qu’elle portait une écharpe noire quelques instants plus tôt. Ce détail aura son importance dans les semaines qui suivent. Les trois collègues arrivent à l’hôpital et Conrad Bostron, l’homme dont la main est rouge et enflée, est pris en charge par un médecin. Il s’avère qu’il a été piqué par une veuve noire. Alors, que Bostron complète la paperasse requise par l’hôpital, Dorothy propose d’aller récupérer son véhicule afin de se garer à la dépose-minute et accélérer le retour sur Anaheim.

Lorsque Pam Head et Conrad Bostron sortent des urgences, ils aperçoivent la voiture de Dorothy plein phares passer devant eux à grande vitesse avant de quitter le parking de l’hôpital. Ces derniers pensent que leur collègue a certainement passé un appel à ses parents et qu’un événement impliquant son fils est peut-être survenu. Mais, quelques heures plus tard, sans nouvelles de Dorothy qui ne s’est pas présentée au domicile de ses parents, les deux jeunes gens alertent les autorités.

Le début d’un calvaire pour des parents plongés dans une profonde détresse

Le ravisseur de Dorothy Jane Scott appelle ses parents tous les mercredis pendant quatre longues années

Il est 23 heures lorsque Dorothy se dirige vers le parking. A 04h30 du matin cette nuit-là un véhicule Toyota de 1973 en flammes est signalé à 16 kilomètres de l’hôpital. Il s’agit de la voiture de Dorothy Jane Scott qui, elle, demeure introuvable. Dans les semaines qui suivent les recherches demeurent vaines. Le 12 juin suivant, un homme contacte le journal Orange County Register qui vient de publier un article sur l’affaire et déclare  » Je l’ai tuée. J’ai tué Dorothy Scott. Elle était mon amour. Je l’ai surprise en train de me tromper avec un autre homme. Elle a nié avoir une liaison. Je l’ai tuée ». Dès la semaine suivant la disparition de leur fille, les parents de Dorothy reçoivent un appel du ravisseur qui affirme « j’ai votre fille » avant de raccrocher. Et, pendant quatre longues années, l’homme va appeler tous les mercredis alors que Vera Scott, la mère de la jeune femme disparue, se trouve seule chez elle. Lors de ces brefs appels, il déclare tantôt qu’il détient Dorothy tantôt qu’il l’a tuée. Les enquêteurs mettent le domicile des Scott sur écoute mais le harceleur est suffisamment vicieux pour ne passer que de très brefs appels. Un mercredi d’avril 1984, Jacob Scott, le père de Dorothy, est exceptionnellement chez lui et répond au téléphone. Les appels du ravisseur cessent à tout jamais.

Un épilogue amer

Le 6 août 1984, un ouvrier travaillant sur un chantier à proximité de Santa Ana Canyon Road à Anaheim découvre des os. Il s’agit d’os humains et des restes d’un chien. Les os sont carbonisés. Une bague montée d’une turquoise et une montre jouxtent ces restes. La montre est arrêtée sur minuit trente le 29 mai. Le 14 août, les os sont identifiés comme étant ceux de Dorothy Jane Scott grâce à son dossier dentaire. Malheureusement, la dégradation des os empêche de cerner la cause de la mort lors de l’autopsie. Une cérémonie commémorative se tient le 22 août 1984. Depuis juin 1980 l’enquête s’est enlisée et toutes les pistes suivies par les investigateurs n’ont mené nulle part. Quarante-trois ans plus tard, l’assassin de Dorothy Jane Scott n’a toujours pas été identifié.

Une kyrielle de faits étranges

L’assassin avait connaissance de la plupart des faits et gestes de Dorothy. Par exemple, lors de l’appel du 12 juin 1980 au journal Orange County Register, l’homme a spécifié que Dorothy portait une écharpe rouge lorsqu’il l’a enlevée alors que dans la soirée du 28 mai elle s’était rendue a sa réunion avec une écharpe de couleur noire. D’ailleurs, Dorothy avait confié à ses parents que la voix de son harceleur lui était familière mais qu’elle ne parvenait pas à mettre un visage sur celle-ci.

L’assassin a également déclaré lors de ses appels aux parents Scott que Dorothy l’avait appelé alors qu’elle se trouvait dans la salle d’attente des urgences d’Irvine. Cependant, Pam Head conteste cette affirmation et soutient que Dorothy n’a pas quitté un seul instant la salle alors que Conrad Bostron recevait des soins.

Dorothy Jane Scott a certainement été enlevée dans le parking couvert de l’hôpital. Head et Bostron n’ont pas discerné le conducteur du véhicule alors qu’il quittait le parking de l’hôpital mais ils pensent avoir aperçu une seule silhouette dans l’habitacle. Si Dorothy, qui conduisait prudemment, n’était pas la personne au volant, a-t-elle été jetée dans le coffre quelques instants plus tôt ?

La montre retrouvée près des os exhumés en 1984 affichait minuit trente le 29 mai soit une heure après l’enlèvement de la jeune femme à l’hôpital d’Irvine. Il semble que son assassin lui a ôté la vie rapidement après le rapt.

Tous les collègues et supérieurs de Dorothy Jane Scott ont été mis hors de cause. Or, son tueur en savait beaucoup sur elle et sa famille. Et, il a frappé suite à une réunion professionnelle lors de laquelle Dorothy a particulièrement pris soin de son collègue piqué par une araignée. Il est concevable qu’un collègue indirect (employé de maintenance, homme de ménage, etc.) ait pu faire une fixation sur la jeune femme et ait pris ombrage de l’empathie dont la jeune femme a fait montre auprès de son collègue ayant une main gonflée et douloureuse. Comment l’homme, même s’il suivait quotidiennement les faits et gestes de Dorothy, a-t-il su qu’elle se trouvait à l’hôpital d’Irvine ce soir-là alors qu’elle était censée assister à une réunion de travail ?

Le fils de Dorothy, Shawn Scott, n’a eu de cesse de rechercher l’assassin de sa mère. Il a notamment orienté ses recherches vers le frère d’une des collègues de Dorothy, à savoir Michael Butler qui, semble-t-il, avait une attirance prononcée pour la jeune femme et faisait partie d’une sorte de secte. Cela pourrait expliquer les restes canins retrouvés près des os de Dorothy.

Pour aller plus loin

Lire l’article en anglais

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