Genetic genealogy optimizes crime solving
Criminalistique,  Génétique,  Sciences médico-légales

Pourquoi la généalogie génétique révolutionne la résolution d’affaires criminelles ?

La conjonction de la généalogie et de la génétique ouvre des perspectives immenses aux enquêteurs

La généalogie rassemble des millions de passionnés de par le monde. Depuis quelques années cette discipline longtemps restée l’apanage d’aficionados passant des heures à consulter les registres de l’état civil a connu une forte démocratisation avec l’arrivée sur le marché d’opérateurs tels que Ancestry, MyHeritage ou encore LivingDNA permettant d’explorer d’immenses ressources généalogiques avec la multiplication d’utilisateurs de kits de prélèvement de l’ADN parmi le grand public. Outre sa carte ethnique, le client a la possibilité d’accéder à d’immenses bases de données généalogiques alimentées chaque jour avec l’ajout de nouveaux profils.

Sur cette base, les enquêteurs américains ont, depuis 2018, eu recours à la généalogie génétique qui est une méthode de plus en plus utilisée dans la résolution d’affaires criminelles. Cette méthode consiste à utiliser l’ADN pour retracer les liens de parenté entre les individus et ainsi identifier les suspects potentiels. Cette technique a déjà permis de résoudre de nombreux cold cases. Dans cet article, nous allons explorer comment la généalogie génétique est utilisée dans la sphère police-justice. Nous allons également examiner les avantages et les limites de cette méthode ainsi que les implications éthiques et légales de son utilisation.

La généalogie génétique, terreau fertile de la criminalistique

La génétique généalogique optimise la science médico-légale

Le premier fait d’arme de cette technique récente remonte à 2018 avec l’arrestation du tueur en série américain Joseph DeAngelo, alias le Golden State Killer, un ancien officier de police qui a sévi entre 1974 et 1986. C’est l’identification de l’ADN de l’un de ses cousins éloignés ayant eu recours à une société de généalogie par l’ADN qui a permis de resserrer l’étau autour de celui qui a fait trembler la Californie via trois épisodes criminels.

En 1974 et 1975, le Saccageur de Visalia met sens dessus dessous et cambriole plusieurs habitations puis finit par tuer Claude Snelling avec un revolver dérobé lors d’un cambriolage précédent. De 1976 à 1979, il frappe dans la région de Sacramento en violant et agressant sexuellement 23 jeunes femmes. Les 7 années suivantes, il se lance dans une virée sanglante et tue 10 personnes dont 3 couples. Les années passent, l’affaire devient un cold case. En 2016, l’enquête est rouverte et l’ADN du serial killer est extrait à partir des scellés collectés sur les scènes de crime. Il n’y a aucune correspondance avec les échantillons ADN de la base de données fédérale. L’horizon s’éclaircit dès lors que le profil est ajouté à la base de données de GEDmatch, une société privée qui dispose de l’ADN du cousin de DeAngelo. Depuis, ce sont plus de 50 cold cases qui ont été résolus avec cette technique.

Une technologie d’une redoutable efficacité mais qui n’est pas infaillible

Les tests ADN alignent 22 marqueurs génétiques tels que le sexe, le groupe ethnique, la couleur des cheveux et des yeux ou encore l’âge. La généalogie permet de dresser des arbres généalogiques et, ainsi, de tisser des liens de parentalité entre les individus. Dans le cas du Golden State Killer, les enquêteurs ont obtenu une correspondance avec le profil de son cousin pour ensuite travailler sur les membres de cette famille et, par recoupement, définir de potentiels suspects avant d’isoler Joseph DeAngelo en tant que personne d’intérêt.

Si l’ADN est altéré ou bien encore si le profil du suspect relevé sur les scellés ne matche avec aucune base de données de la police, une filature suffit généralement à obtenir un échantillon de son ADN. C’est la technique qui a été utilisée avec David Sinopoli qui a poignardé à 19 reprises Lindy Sue Biechler en 1975, à Philadelphie. Un ADN partiel avait été isolé sur les sous-vêtements de la victime lorsque ce cold case a été rouvert en 2016. Une chercheuse travaillant pour un laboratoire privé est parvenue à établir que l’assassin avait des origines italiennes liées à la ville de Gasperina précisément. Parmi les 300 personnes d’intérêt auditées au fil de l’enquête, Sinopoli a été ciblé. Les enquêteurs ont ramassé un gobelet de café jeté par le suspect numéro 1 à l’aéroport afin d’établir des correspondances et confondre David Sinopoli. Dans le cas où le criminel est décédé, les enquêteurs ont la possibilité de consulter son dossier médical voire de procéder à une exhumation afin de recueillir son ADN. La généalogie génétique se révèle être une technique de premier plan dans le ciblage d’individus en lien avec des affaires criminelles.

Cependant, comme toute technique, la généalogie génétique a ses limites. Tout d’abord, la contamination de l’ADN par la main de l’homme est un paramètre non négligeable. Ce fut le cas dans l’affaire dite du Fantôme de Heilbronn, en Allemagne. Des meurtres s’étalant de 1993 à 2008 ont été reliés entre eux avec la mise en évidence d’un ADN commun aux diverses scènes de crime avant que les autorités allemandes ne se rendent compte de la contamination des écouvillons par une employée de la société fabricant les cotons-tiges utilisés dans le prélèvement de l’ADN. Ensuite, les considérations éthiques sont des problématiques majeures.

Le consentement et le respect de la vie privée demeurent des points déterminants

L'utilisation des données personnelles, un point sensible

Les clients des entreprises de généalogie par l’ADN ont diverses motivations lorsqu’ils soumettent leur ADN a ces dernières. Mais, ils ont un objectif commun, celui d’en savoir plus sur leur filiation. En aucun cas ils n’envisagent l’utilisation de leurs données personnelles par la police et la justice. D’autre part, quels sont les garde-fous à mettre en place afin que ces opérateurs privés soient empêchés de vendre ces données confidentielles au plus offrant ? Pensons, par exemple, aux sociétés d’assurance qui peuvent faire montre d’un intérêt prononcé dans l’analyse des affections médicales de leurs assurés. Rappelons qu’aux Etats-Unis ces entreprises commercialisent officiellement leurs services auprès des enquêteurs. D’ailleurs, la plupart de ces opérateurs est américaine mais les clients sont de nationalités multiples. Les forces de l’ordre américaines doivent obtenir un mandat avant d’avoir recours à ces entreprises de généalogie par l’ADN. Il est donc important que des réglementations soient définies au plan national, si ce n’est supranational, afin que cette technique soit parfaitement encadrée sur le plan juridique.

A l’heure actuelle un grand nombre de pays n’est pas armé face à l’utilisation de cette méthode sur le plan légal. En France, un criminel surnommé le Prédateur des Bois a récemment été confondu grâce à la généalogie génétique après qu’un juge d’instruction a sollicité le FBI puisque le profil ADN de l’homme n’apparaissait pas dans le FNAEG, le fichier national des empreintes génétiques. La transmission de son ADN a un opérateur privé est totalement illégale en France sous peine d’une amende de 3 750 Euros. Mais, nombreux sont les français qui n’hésitent pas à transmettre des écouvillons aux firmes américaines libres de commercialiser leurs kits de prélèvement au-delà des frontières américaines, a fortiori sur Internet. Et, dans le cas du Prédateur des Bois, le juge français n’a pas hésité à contourner une loi que certains jugent trop restrictive afin de faire avancer l’enquête. Cette décision a porté ses fruits, l’affaire a été résolue.

Dans son article Le recours à la genealogie genetique : une arme a double tranchant (Jean-Philippe Nadeau, 17 octobre 2020), Radio-Canada cite Brett Williams, Directeur General de Verogen, qui assure que son entreprise ne demande aucune information médicale et qu’elle offre le choix à ses clients de partager leurs données avec les forces de l’ordre. Williams ajoute que dans une démocratie le respect de la vie privée est un droit absolu mais que ne pas être violé(e) ou assassiné(e) est également un droit, c’est pourquoi Verogen offre la possibilité à ses clients d’aider la police en acceptant de partager leurs données. Dès lors, le piratage des données est un autre sujet d’inquiétude. Ce à quoi le Directeur Général de Verogen répond que seuls les noms, pseudonymes et adresses e-mail sont conservés quand les informations sur l’ADN sont cryptées.

Le difficile équilibre entre l’éthique et la justice

La généalogie génétique ouvre d’immenses perspectives aux enquêteurs qui disposent désormais d’une méthode particulièrement efficace dans la résolution d’enquêtes criminelles dès lors que l’ADN, preuve suprême selon certains, entre en jeu. Chefs de file, les américains n’hésitent plus à avoir recours à des sociétés spécialisées afin de rendre justice dans des affaires criminelles en errance depuis des années sinon des décennies puisque la prescription ne s’applique pas aux crimes de sang commis sur le territoire américain. Ce booster technologique soulève pour autant un grand nombre d’interrogations déontologiques avec l’exploitation de données privées et donc sensibles. Les législations semblent d’ailleurs encore à la traîne sur la question selon le pays concerné. Rendre justice au risque de passer outre le droit à la confidentialité ou laisser les familles de victimes dans le désarroi et la peine, les législateurs ont du pain sur la planche.

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